Butching ball*

*Butch = lesbienne masculine

La preuve première de l'existence,
c'est d'occuper l'espace.
Le Corbusier


Ou de chanter à la Nouvelle Star.
Dove Attia
 

Pâques est censé être le jour le plus saint, marquant la fin du jeûne de
Karim.
C'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Pas eu besoin de jeûner pour faire
ma plus grande orgie de bouffe et de pinard de toute l'année.

Week-end très sympathique, rien de bien croustillant à raconter.

Enfin si.

Une petite perle servie entre l'apéro et l'entrée.

On raconte des histoires de famille et on se met à parler de Madame Stella. On demande de ses nouvelles, que devient-elle, a-t-elle grossi, perdu des dents, s'habille-t-elle toujours aussi mal, a-t-elle toujours un goût aussi pourri pour la décoration… bref, on médit.
Ca sert à ça les réunions de famille.
A discréditer et calomnier.
 
On apprend qu'elle a divorcé, qu'elle élève seule son gamin, qu'elle est
complètement dépressive, et qu'elle se ruine la gueule tous les soirs
au Whisky. En plus, elle s'est faite chopper lors d'un contrôle avec
quelques grammes en trop. Plus de bagnole et une prune assez salée.
Tout roule pour elle quoi.
En même temps, vous me direz, c'est une histoire comme une autre, relativement commune, voire assez banale, telle qu'on peut les voir sur les écrans version rideau et caméscope.
Tout le monde s'apitoie sur son sort, quand soudain, l'oncle à moustache,
le discret assis dans le coin à droite, s'engage brusquement dans la
conversation :
« oh hein ça va, on va pas en faire un drame, ça aurait pu être pire, elle aurait pu être lesbienne ».

Blanc.

Ma quiche au saumon tombe dans mon château Latouffe. Ma mère prend
dix ans d'un seul coup. Les regards se tournent vers le seul couple homo
de la tablée. Aïe.
Le Loulou se marre. Moi je fixe la Boutin à moustache. Je me demande quel est l'effet recherché.
Je songe à un va te pendre connasse, mais je me dis que ça pourrait casser l'ambiance du week-end.

Et à propos d'ambiance, comme tout déjeuner de famille, les invités ont parlé politique. Un véritable débat de fond s'est incrusté au déjeuner. De nouveaux questionnements sont venus perturber nos fondements politiques préétablis :
« Ouais pour qui tu votes toi ? »
« Ché pas et toi »
« Bé, y'en a aucun qui me plaît »
« Et si y'a LePen/Sarko au deuxième tour tu fais quoi ? »
« Haan, mais t'es fou, y sera jamais au deuxième tour...»
« Si c'est Sarko/Lepen au deuxième tour, y'a pas photo hein, moi c'est LePen…
»
 
Rebelote avec l'infiltré moustachu du Front National. Sa femme s'empourpre. Manifestement, elle n'assume pas son mari.
 
Puis chacun y va de ses petites statistiques, toujours très affinées et sans sources vérifiables. Quelques unes, pour le fun :
« vous savez qu'il y a 53% d'indécis »,

« naaaaaaan
»
« que 49% ne savent pas si leur candidat sera au deuxième tour »,

« eh béééééééééé
»
« que 59% (des cons) pronostiquent une victoire de Sarkosy »,
« ooooooooohhhh »
« que 47% (de gens intelligents) ont peur de Sarkosy »,
« t'es sûûûûr ? »
« que 78% des Français n'aiment pas les trippes »,
« aaaaaaahhh ?? »
« que 12% (de gens affamés) avalent leur propre sperme »...
« mmmmmmm »

Bon... revenons à nos nichons.
Là c'est le moment où j'expose, pendant le découpage de l'agneau pascal,
mon principal argument de campagne :
« Le projet de société ».
Aucun candidat n'en possède un. Si c'est pas malheureux ça.
Et ça repart de plus belle, ça parle fort, ça postillone du flageolet, ça sue du front, ça argumente la bouche ouverte, ça picole sous le soleil d'été d'avril.
La discussion s'enflamme. Le match s'engage.
Avantage pour la droite libérale.
Ca tape du poing sur la table pour affirmer un peu plus fort ses idées.
Je me lance alors dans l'apologie des années Mitterrand et de l'élection présidentielle de 81. La société découvrait un nouveau visage politique, avec un dessein, un mec qui proposait un changement, quel qu'il soit, en rupture avec 3 mandats successifs de droite.
Ca rouspète, ça reproche de donner des leçons du haut de ses trente ans. Ca me traite de p'tit con. La sagacité de la contre-argumentation m'effraie.
Égalité.

Les centristes pensent qu'ils sont tous les mêmes, aucun discours ne vaut plus qu'un autre. Quel argument terrible. Et dire qu'ils votent...
La droite se tait, l'oeil noir, aux aguets. La gauche ronchonne et accuse les gens du secteur privé.
Moustache tente un uppercut en déballant le vieux discours du macho patriarche : «
ppffff une femme présidente. Ségo c'est du creux. Elle sait pas aligner trois phrases ».
Les femmes huent. Elles s'allient contre la médiocrité androcentrique. Puis elles se lèveront pour débarrasser la table et chercher le dessert pendant que les hommes se resserviront un verre de vin.

Match nul. La tarte aux poires arrive.
 
C'était Pâques. Avec ses discussions un peu cloches, ses nez-de-boeufs et têtes d'oeufs et ses oreilles de lapin fondues.
 
***
 
Et comme pour ponctuer ces brefs instants de vie, je vous annonce
que les meilleurs ennemis se sont réconciliés.

Comme quoi il y a toujours un lien entre le cul et la politique.


Un grand merci à Math (ses miches, et quoi d'autres ;o) ??) pour ses
jolis compliments ^^







Article ajouté le 2007-04-10 , consulté 612 fois

Commentaires


So Long le 11/04/2007 à 09:39:39
Bah tout pareil le repas... sauf que nous on n'a pas eu de quiche au saumon et pas de couples homo à la table. Pour le reste... hum.
Grenouille le 11/04/2007 à 15:41:38
Heureusement qu'il y avait ton astérisque final, sans quoi j'aurais eu du mal avec le jeu de mots du titre ;)
Axen le 11/04/2007 à 19:46:50
D'ailleurs je viens de replacer l'astérique final au début du texte ;o)
Martin le 12/04/2007 à 10:24:08
Trop trop bien! T'as bien fait de laisser un commentaire chez moi, j'ai découvert ton blog, et je rigole bien (gnarf gnarf gnarf)... tu vas vite faire partie de mes favoris toi.
Christophe le 12/04/2007 à 17:03:24
Je découvre ton blog.Bien je rigole tout seul devant mon écran.Je vais revenir souvent je crois et te mettre également dans ma liste de liens sur mon blog.A bientôt

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